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Situyanfu Touche pas à ma forêt !

Situyanfu

Touche pas  à ma forêt !

La forêt classée de Situyanfu est à cheval entre les CRD (Communauté rurale de développement) de Kolinté et de Souguéta dans Kindia, la cité des agrumes. Le 18 mai, elle a été le cadre d’une visite d’étude d’une vingtaine de journaleux environnementalistes de la sous-région, réunis à Cona-cris depuis le 16 mai, autour du thème : «Partage des stratégies de gestion durable des ressources forestières et d’adaptation au changement climatique». La visite a permis à la presse de conférer avec les autorités des deux CRD et les communautés riveraines, sur la gestion de cette forêt.

A Souguéta, à quelque 56 kilomètres de Kindia, les hôtes ont été accueillis à l’africaine par les autorités locales et les communautés. Mamadou Aliou Soirée, le sous-préfet de Sougueta a apporté quelques renseignements sur la forêt de Situyanfu, qui aurait été classée en 1943 par l’administration coloniale. Trente trois villages l’entourent. Au regard de la dégradation poussée dont elle a fait l’objet au fil des ans, l’Etat a jugé utile d’impliquer les communautés riveraines dans sa protection. Ainsi a été créé en 2000, le comité de gestion essentiellement composé des habitants des localités de Kolinté et de Souguéta.

Le Président du comité de gestion de Situyanfu Mamadouba Sylla a explique que : “C’est en 1941 que le colon a décidé de classer cette forêt, à cause de sa richesse en cours d’eau. En 1943, elle a été alors classée. Sept cours d’eau ont été identifiés et se déversent tous dans le fleuve Kolinté. Un fleuve qui se prolonge jusqu’à Benty (Forécariah) du côté de la Sierra Leone. Aussi les Blancs avaient des plantations de banane le long de la forêt, ils avaient besoin d’eau pour arroser les plantes. Il fallait donc protéger cette forêt et ses cours d’eau. En 1958, au lendemain de l’indépendance, les gens ont commencé à cultiver dans cette forêt, ce qui l’a détruite en grande partie. La faune également a disparu du fait des braconnages. Cela a duré des années. C’est seulement en 2000 quand l’Etat a pris conscience de la dégradation poussée des ressources de Situyanfu, qu’il a décidé de sensibiliser les communautés riveraines pour qu’elles s’impliquent dans la gestion de la forêt.  ” Pour joindre la parole à l’acte, l’Etat a organisé les communautés autour d’un programme de cinq ans intitulé : Projet élargi de gestion des ressources naturelles de Situyanfu (PEGRN). «En juin 2000, les trente-trois villages riverains se sont retrouvés pour mettre en place le comité de gestion de la forêt. Un bureau exécutif de six membres a été élu. Des commissions de surveillance de la forêt ont été également constituées dans chaque village. Un superviseur a été recruté par le comité de gestion pour surveiller le travail des commissions.” explique Mamadouba Sylla.

De la protection…

Constitués en comité de gestion, les riverains de Situyanfu ont mis en place des garde-fous pour une meilleure surveillance de la forêt. Une ceinture de protection a été créée autour des périmètres de la forêt. Une zone de 1000 hectares a été réservée aux éleveurs pour le pâturage. Selon le président du Comité de gestion Mamadouba Sylla “ Si un animal échappe à la vigilance de l’éleveur et entre dans la forêt, le propriétaire de la bête paye une amende de 500 francs. C’est pourquoi, parmi les commissions mises en place, il y a une qui s’occupe essentiellement des bestiaux, puisqu’on a beaucoup d’éleveurs dans la zone. Quant aux feux de brousse, si l’auteur est appréhendé, il paye une amende de 1000 fg ” explique-t-il.  Les  terres cultivables sont aussi gérées. Le Président s’en explique : “Nous avons également délimité les zones cultivables, chaque année nous veillons à les partager entre les villageois pour éviter qu’ils ne viennent grignoter dans la forêt. Des riverains ont été aussi amenés à créer des forêts communautaires. Cela nous a permis d’avoir de nouvelles plantes et nous a facilité la tâche avec les éleveurs puisqu’on était toujours en conflit avec eux ”. En 2005, à la fin du projet (PEGRN), un autre projet LAMIL, financé par l’USAID, est venu en appoint pour protéger les acquis du précédent. Ainsi des activités génératrices de revenus ont été créées pour permettre aux paysans de laisser tranquille la forêt. Au regard de l’évolution de la population et des terres agricoles qui s’amenuisaient, le comité de gestion a jugé utile de donner quelques terres dans les périmètres de la forêt aux paysans, moyennant une somme de 20 000 francs guinéens. “ Chaque année, nous réunissons ces sommes. 75% de la somme est utilisée dans l’aménagement de la forêt et les 25% pour le comité de gestion ” confie Mamadouba Sylla.

Des acquis…

Selon M. Mamadouba Sylla, le comité de gestion a fait des résultats dans la gestion de Sityanfu “ En dépit de nos difficultés, nous avons pu reboiser de 2000 à nos jours quinze  hectares. Nous avons pu également mettre fin aux interminables feux de brousse qui avaient fini par détruire une bonne partie de la forêt. Il y a de grands arbres qui avaient complètement disparu de la forêt (tels que le lingué) qu’on a pu replanter. Nous voulons que cette forêt revienne à son état d’antan, comme en 1943.» A propos de la faune, des progrès ont été enregistrés “Depuis 2000, il y a une grande prolifération des chimpanzés. Lors de la guerre en Sierra Léone, beaucoup de Chimpanzés ont émigré aussi dans cette forêt. Ils ne se sont plus retournés, puisque la forêt est protégée et très paisible ” Quant aux acquis de la forêt sur le quotidien des riverains, Mamadouba Sylla indique qu’ils sont immenses “ Dans cette forêt, il y avait de grands arbres qui n’avaient pas été exploités. C’est ainsi que nous avions adressé une lettre aux autorités pour demander leur exploitation. Nous avons reçu l’accord. Les bois ont été exploités et vendus. Cet argent nous a permis de construire ici un lycée et une pompe forage. Mais à chaque fois qu’un arbre était coupé, on replantait un autre à sa place ”

Des menaces…

En dépit de toute l’armada de protections mis en place par le comité de gestion pour préserver Situyanfu des prédateurs, Mamadouba Sylla confie qu’il y a des menaces qui pèsent encore sur cette forêt. Ce qui est une inquiétude pour le comité de gestion “ Parfois, il y a des coups de feu qui retentissent dans la forêt nuitamment du fait des braconnages. Nous n’avons pas encore les moyens de contrôler ces choses. Il y a également des gens qui échappent à la vigilance des surveillants et qui y entrent pour tenter de couper des arbres ” Cependant, il a indiqué que des dispositions sont en train d’être prises pour mettre fin à ces cas isolés.

Du rôle des femmes…

A côté des hommes, les femmes aussi jouent un grand rôle dans la protection de Situyanfu. Deux d’entre elles sont membres du comité de gestion. Mme Nana Bangoura, la quarantaine, mère de sept enfants, membre du comité nous en parle: “Les femmes surveillent mieux la forêt que les hommes, parce que toutes les tentatives de pénétration de la forêt ont été dénoncées par les femmes. Les hommes viennent en renfort après. Nous surveillons les éleveurs et les chasseurs de près. Les femmes ont intérêt à protéger cette forêt, parce que si les rivières tarissent ce sont elles qui payent le lourd tribut”. Cependant, elles ne sont pas contentes de la répartition des terres faites par les hommes à leur détriment: “Dans la répartition des terres cultivables, les femmes sont lésées. Quand un homme à deux parcelles, la femme n’obtient qu’une. Ils estiment que ce sont eux qui font le gros du travail, alors que c’est archi-faux ! Leurs arguments, c’est de nous dire : de toute façon si les hommes cultivent, c’est aux femmes qu’on va encore donner la récolte. Nous qui représentons les femmes au sein du comité, sommes en train de lutter contre cet état de fait” explique Nana Bangoura. Outre la culture de l’arachide qui constitue la principale activité des femmes de ces localités, elles forment aussi des groupements pour développer d’autres activités génératrices de revenus. Comme le jardinage, la saponification “ Ces activités nous permettent d’entretenir la famille même pendant la période de soudure. Nous avions mis en place une caisse, si par exemple une femme tombe malade, c’est là que nous prenons pour payer ces ordonnances ” confie-t-elle. Mme Nana Bangoura a tout de même déploré le manque de matériaux et d’intrants pour mieux dynamiser leurs activités.

Kounkou Mara

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